Le sonnet à rebours : Changement d’horizon.

Changement d’ horizon 

Je loge au pied d’un mur abritant des mésanges
Qui viennent éblouir mon regard éperdu,
N’ayant pour rêvasser que des toits en losanges !

Ô nouvel horizon ! sous les cieux suspendu,
Mais comment désormais accepter ce mensonge,
Croire en un paradis sur le dos d’un vieux songe ?

Pas un seul bruit pourtant ne trouble l’univers
Où nous avons à deux installé nos pénates,
Sachant que près de là valsent les odonates,
Quand la belle saison fait chanter ses revers…

En m’installant ici j’ai compté mes hivers
Au lieu d’imaginer qu’aux prochaines sonates
Les nymphes du printemps en déroulant leurs nattes
Viendront à ma fontaine y pêcher quelques vers !

Annie

Le sonnet espagnol : Raconte-moi Noël !

Raconte-moi Noël !

Pour raconter Noël, il suffit d’un crayon,
De quelques blonds fétus, de la plume d’un ange,
D’une femme à genoux à la voix de mésange
Qui serre sur son cœur, d’un doux fruit, l’oreillon,

De moutons dans le ciel, tous pendus au trayon
D’un astre plus goûteux que le jus d’une orange,
Déposée au matin à l’abri d’une grange,
Où le soleil tardif vient planter son rayon,

D’une branche de houx, de bonbons de guimauve,
D’un beau sapin tout vert où s’endort un chausson
Oubliant, pour un soir, tous les secrets d’alcôve !

C’est le clair gazouillis d’un nouvel enfançon,
Pour qu’éclate la fête avant que ne se sauve
A minuit, en douceur, la divine chanson !

Annie

Le Zégel Marocain : Soleil de décembre.

 

 

 

Soleil de décembre

Un soleil de décembre a doré ma palette
Qui, lasse de grisaille, ajustant sa voilette
En signe de grand deuil, pleurait la violette,
L’hirondelle jolie et le joyeux pinson.

J’ai plongé mon esprit dans ce rai de lumière
Pour éclairer les murs de ma tendre chaumière
Tout en rêvant d’amour et de rose trémière ;
Le silence riait en sifflant sa chanson !

C’est à ce moment-là qu’une muse aquarelle
Me souffla quelques vers, dont la rime si frêle,
Caressa mon matin d’un vol de tourterelle
En déposant sa plume en haut de mon buisson !

Tendrement j’ai cueilli cette offrande divine,
Afin de la plonger dans l’aube qui ravine
Entre les pans d’un jour aux éclats d’olivine,
Puis j’ai repris espoir sans crainte et sans frisson !

Annie

La Terza-Rima : Course en solitaire.

                             Tableau d’un ami poète, monsieur Jean-Paul Vivier

 

Course en solitaire

Partir à dos d’écume est un pari gagnant
Pour le skipper féru de course en solitaire,
Et qui trouve en Neptune un allié régnant.

Suite à de longs adieux pour son lopin de terre,
Toutes voiles dehors, futé navigateur,
Il se tient prêt enfin à sonder le mystère !

Passé le Pot au Noir, il vise l’équateur,
Jongle avec les embruns, maîtrise les bourrasques,
D’un troupeau rugissant, il devient le dompteur !

Ne dormir que d’un œil, en rêvant de Tarasques,
Voilà quel est le sort de ce prompt chevalier,
Fiancé de la nuit qui l’invite en ses frasques.

Quand l’océan se calme, ô bonheur singulier
D’être seul maître à bord, qu’importe la victoire,
Puisque marin dans l’âme, il flatte son geôlier !

Poète ou baroudeur, que j’aime son histoire
Nourrissant mon esprit ivre d’émotions,
Lorsque tous les brisants changent sa trajectoire !

Traverser l’impossible et ses mille sillons
Relève de l’exploit, mais avec du courage,
L’être humain, bien souvent, renaît de passions !

Qu’il récolte la gloire ou le pire naufrage,
L’important n’est-il pas d’avoir frôlé le ciel,
Après avoir quitté la douceur d’un ancrage,

Afin d’y revenir riche d’essentiel !

Annie

Le Zégel : Il neige.

Il neige

Il a neigé sur mon jardin !
Est-ce l’hiver et son gourdin
Qui décida comme un gredin
De secouer son ankylose ?

Il semblerait que les flocons
Se soient lassés de leurs cocons ;
En se penchant à leurs balcons
Ont préféré fêter ventôse !

Les voyez-vous valser au vent ?
Comme nonnes en leur couvent,
Vierges encor, c’est émouvant,
Riant de leur métamorphose !

Les innocents ne savent pas
Que pour bientôt marchant au pas,
Seul les attend un dur trépas
Pressé de voir fleurir la rose !

Annie

Le sonnet marotique : Après le foot la femme !

 
 
Après le foot, la femme !
 
Quand le monde se meut autour d’un grand sujet
Ne s’agit-il de foot, dont la ligne de mire
Le classe en tout premier, tandis que l’on admire
La force masculine en son habile jet ?
 
Si je place en second celle qui fait l’objet
De l’œil concupiscent lorgnant son cachemire
C’est que l’expérience en matière de myrrhe
M’autorise à sourire en rognant mon budget !
 
« La femme est un trésor que l’homme ne conteste
Mais pourquoi faut-il donc que le manant la teste ? »
Avais-je écrit un jour à l’ancre de mon cœur… *
 
A lire du Ronsard, j’ai l’âme bien naïve,
Car pour les jeux pervers je demeure rétive,
Et je bois de l’amour dans un verre à liqueur !
 
Annie Poirier
 
* A l’ancre de mon cœur » ,est mon premier recueil de poésie classique.

Le sonnet marotique : Paroles de silence.

 

Paroles de silence

En buvant du silence en face de moi-même,
J’avale chaque bruit qui croque sous la dent
D’un soleil réveillé par le désir ardent
D’une lune pâlotte à force de carême.

L’ombre d’une lumière, en cristal de Bohême,
Glisse sur ma mémoire, et son rêve obsédant
Creuse dans le puits sec d’un livre redondant
D’où ne jaillit jamais la perle d’un poème.

La frange de la nuit, en balayant les cieux,
Secoue une poussière en gestes gracieux
Telle une bonne fée au seuil de sa chaumière.

La plume d’un instant, au bord d’un encrier,
Lasse de ne servir qu’à l’encre d’un courrier
S’envole dans le cœur d’une rose trémière…

Annie



Le sonnet français : L’instant.

 

L’instant

Pardonnez à l’instant ! il s’envole, il éclate,
Telle une bulle d’or aux mains d’un arc-en-ciel
Qui fait mousser le bleu d’un lac démentiel
Pour sauver le reflet d’une lune écarlate.

Il est ce vagabond à la bourse trop plate
Qui vit de l’air d’un temps au flux torrentiel
Dont goulûment, il boit juste l’essentiel
Puis rejoint aussitôt le néant qui le flatte…

Habile funambule, à l’instar du présent,
S’il sème l’avenir tout en chemin faisant,
Il récolte l’oubli dans un panier de rêves.

On y pêche à foison des rires et des pleurs,
Des printemps, des étés, qui courent sur les grèves
D’un automne ébloui par ses mille couleurs !

Annie

La Villanelle : En tournant la manivelle.

 

En tournant la manivelle

J’ai chanté la coccinelle
En imitant le pinson,
Ah que la vie était belle !

Lorsque je fus demoiselle,
Pour rêver d’un beau garçon,
J’ai chanté la coccinelle.

Si je devins maternelle
Ce fut grâce au doux frisson !
Ah que la vie était belle !

Des enfants en ribambelle,
Voyez la belle moisson !
J’ai chanté la coccinelle.

En tournant la manivelle
Le temps se fit polisson ;
Ah que la vie était belle !

Aujourd’hui dans ma flanelle
Je berce un autre enfançon…
J’ai chanté la coccinelle,
Ah que la vie était belle !

Annie

La Ballade : Souvenirs.

 

Souvenirs

J’avais une belle maison
Avec un toit dont chaque lauze,
Les yeux levés sur l’horizon,
Offrait à ma progéniture
Une douceur de couverture.
Ainsi coula le fil des ans,
Sous un ciel pur et grandiose ;
Je me souviens des jours plaisants.

Je cultivais chaque saison,
Le pourpre, l’or, la primerose.
Si je tombais en pâmoison,
Face au bonheur d’un jour plus rose,
C’est que l’hiver, pâle et morose,
Lâchait ses tout derniers brisants
Sur la jacinthe à peine éclose.
Je me souviens des jours plaisants.

Je dois me faire une raison
Et vivre enfin l’apothéose
D’un autre gîte en floraison,
Où l’esprit muse et se repose !
Ici le temps coule en osmose
Avec de doux refrains grisants,
Chantés par l’oiseau virtuose.
Je me souviens des jours plaisants.

Envoi

Amis qui partagez ma cause,
Éloignez-vous des feux sacrés
Quand l’âge d’or a son arthrose !
Je me souviens des jours plaisants.

Annie